Archives Mensuelles: octobre 2013

The Partisan, Leonard Cohen

 

Ecotaxe : les étonnantes alliances de la fronde bretonne

« Quand on voit des responsables du Medef porter un bonnet rouge, il y en a qui doivent se retourner dans leur tombe. »

LE MONDE | 29.10.2013 à 11h10 • Mis à jour le 29.10.2013 à 20h50 |

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/10/29/les-etonnantes-alliances-de-la-fronde-bretonne_3504692_823448.html

Des manifestants contre le portique à écotaxe de Pont-de-Buis (Finistère), aux prises avec les forces de l’ordre, samedi 26 octobre.

Une étonnante alliance entre agriculteurs, patrons et syndicalistes. La composition du mouvement anti-écotaxe breton est inédite : il regroupe la grande distribution et la FNSEA, premier syndicat agricole, lesquels se sont longtemps fait la guerre en Bretagne. « L’alliance n’est pas naturelle », convient Hervé Le Goff, directeur d’un Super U à Brest, qui a fermé une heure son enseigne, mercredi 23 octobre, en solidarité avec le mouvement. « Mais devant l’injustice, les Bretons sont tous d’accord, assure-t-il. La distribution n’a pas été “clean” tout le temps, mais les relations se sont beaucoup améliorées depuis les années 1990. »

Lire les dernières informations Ayrault sur l’écotaxe : « Suspension n’est pas suppression »

M. Le Goff n’est toutefois pas allé jusqu’à affronter les CRS sur la quatre-voies au sud de Brest samedi, avec les agriculteurs et les transporteurs, fers de lance du mouvement dans le Finistère, département à la pointe de la mobilisation bretonne. Roger Capitaine, le patron de la coopérative Savéol, lui, y était. « Le mariage est aussi étonnant que l’absurdité de cette taxe. Les agriculteurs vont la payer comme les grands distributeurs », plaide celui qui a réuni tous ses salariés la semaine dernière pour les appeler à manifester.

« L’écotaxe a permis de catalyser la rancœur des besogneux qui travaillent tous les jours », explique M. Capitaine, qui était déjà le 4 février 2009 au péage de La Gravelle, en Mayenne. Devant le dernier péage avant les autoroutes gratuites bretonnes, plus de mille patrons bretons appelaient alors à la suppression de « la taxe Borloo », du nom du ministre de l’écologie de Nicolas Sarkozy.

Elle devait alors voir le jour en 2011. Elle n’est pourtant toujours pas en place. Pendant cette période, le « collectif des acteurs économiques bretons contre l’écotaxe » ne va cesser de pilonner la mesure. Présidé par le patron du Medef Bretagne, Patrick Caré, par ailleurs dirigeant d’une usine pharmaceutique à Rennes, ce collectif informel regroupe la FNSEA comme les principales fédérations patronales. Il s’organise par des réunions téléphoniques au coup par coup. Le président de la FNSEA de Bretagne, Thierry Coué, assure, gêné, que « la grande distribution n’en fait pas partie », alors que les Systèmes U et Leclerc sont signataires de tous ses communiqués.

Reste qu’en avril, le collectif proclamait « la victoire ». Le vote par l’Assemblée d’une minoration de l’écotaxe de 50 % pour la Bretagne « constitue un aménagement majeur, significatif », assurait alors le collectif, dans un communiqué toujours en ligne sur le site du Medef breton.

Lire l’enquête Ecotaxe : comment la « droitosphère » a récupéré le mouvement breton

L’unité du collectif va pourtant vite craqueler. « Je n’étais pas d’accord pour dire que c’était une victoire », assure Jakez Bernard, producteur de musique et président de Produit en Bretagne, une association qui dit regrouper 300 entreprises bretonnes de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Le 18 juin, il lance son propre collectif, le « comité de convergence des intérêts bretons » pour demander la suppression de l’écotaxe, mais aussi dénoncer « le carcan administratif français » et le « poids écrasant des charges ».

« Le contexte économique a changé. Caré n’était pas sur la même longueur d’onde, mais c’est le résultat qui compte », explique M. Bernard. L’idée de joindre les supermarchés locaux au mouvement en prévoyant des fermetures symboliques de quelques heures vient de cette association.

« ON CRÈVE EN BRETAGNE »

La multiplication des plans sociaux depuis l’été, et en premier lieu l’annonce de la fermeture de l’abattoir Gad de Lampaul (Finistère), va donner une véritable légitimité économique au mouvement. Les syndicalistes de FO, majoritaires sur le site, vont même se joindre au mouvement. « Au lieu d’apporter des solutions, le gouvernement nous impose une taxe pour nous étrangler. J’ai dit à mes patrons que je leur taperai dessus quand il faudra. Mais aujourd’hui, la priorité est de sauver ces sites industriels », explique Nadine Hourmant, déléguée FO chez Doux et leader syndical local, pour justifier sa mobilisation aux côtés des agriculteurs locaux qui possèdent Gad, au travers de la coopérative Cecab.

Lire notre décryptage Itinéraire d’une mesure qui faisait consensus

Mme Hourmant, qui dénonce pêle-mêle Ecomouv – l’entreprise « même pas française » –, chargée de déployer les portiques pour récolter la taxe, ou « les hauts commissaires de Bruxelles qu’il ne faut pas froisser alors qu’on crève en Bretagne », s’est même affichée lundi 28 octobre dans un troisième groupe, le « collectif pour l’emploi en Bretagne », mené par le maire de Carhaix (Finistère), issu de la gauche régionaliste, Christian Troadec. Ce collectif organise une nouvelle manifestation, le 2 novembre, à Quimper. Y appartient aussi Thierry Merret, le président de la FNSEA du Finistère. Une figure locale jusqu’au-boutiste, à l’initiative de l’idée des bonnets rouges, symbole de la lutte bretonne contre la fiscalité sous Louis XIV.

De quoi faire étrangler Jean Cabaret, le porte-parole de la Confédération paysanne bretonne. « Quand on voit des responsables du Medef porter un bonnet rouge, il y en a qui doivent se retourner dans leur tombe. Ils ont profité de la situation chez Gad pour faire exploser la machine », lâche-t-il. Pourtant, lui aussi est gêné par l’ampleur du mouvement, n’osant pas soutenir ouvertement l’écotaxe.

Lire aussi : Dans le Finistère, les salariés de l’abattoir Gad continuent de se battre contre la fermeture

Son antenne finistérienne envisage par ailleurs de participer à la manifestation du 2 novembre. « Mais seulement pour défendre l’emploi, assure son porte-parole, Vincent Pennober. S’il y a des tracteurs pour défoncer les murs, on n’ira pas, on n’est pas là pour casser. » « Hors de question d’aller sur la barricade avec la FNSEA pour gueuler contre les taxes », abonde Patrick Jagaille, représentant de la CFDT du Finistère, qui dénonce « l’alliance de la carpe et du lapin entre le syndicat majoritaire chez Gad et les responsables de la crise, à savoir les agriculteurs productivistes qui n’ont jamais réfléchi à l’avenir de l’économie bretonne ».

Editorial du « Monde » : combattre Big Brother

Comment la NSA espionne la France

Selon les documents de l’Agence nationale de sécurité (NSA) obtenus par Le Monde, les communications téléphoniques des citoyens français sont, en effet, interceptées de façon massive. Ces pièces, dévoilées en juin par l’ex-consultant de l’agence, Edward Snowden, décrivent les techniques utilisées pour capter illégalement les secrets ou la simple vie privée des Français. Certains éléments ont été évoqués par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et le quotidien britannique The Guardian. D’autres sont inédits.

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/10/21/editorial-du-monde-combattre-big-brother_3499858_651865.html

C’est un nouvel épisode des révélations Snowden, du nom de l’ancien consultant de la National Security Agency (NSA) américaine qui dénonce l’ampleur de la surveillance électronique pratiquée par les Etats-Unis sur la planète : Le Monde s’est procuré une partie des documents de l’ex-agent. Nos journalistes ont travaillé en lien avec son associé, le journaliste et bloggeur américain Glenn Greenwald, qui contrôle cette masse de données, et vit au Brésil. D’autres journaux internationaux, dont le Guardian, ont cette année fait la lumière sur de multiples aspects de cet espionnage électronique de masse.

Le Monde s’est concentré sur la façon dont la NSA a travaillé sur des cibles françaises. Le Monde collabore avec Glenn Greenwald et son équipe depuis le mois d’août. Dépositaire des documents depuis qu’il a interviewé Edward Snowden en juin pour le Guardian à Hong-Kong, le journaliste, ancien avocat et défenseur des libertés publiques, interviendra désormais dans nos colonnes, dans un effort conjoint visant à rendre intelligibles et à mettre en perspective les informations contenues dans ces milliers de fiches.

Lire : Comment la NSA espionne la France

Le Monde a constitué une équipe d’une dizaine de journalistes qui ont travaillé principalement sur deux axes : l’histoire du programme de surveillance « Prism » de la NSA, récapitulant certains éléments déjà publiés par des médias étrangers collaborant avec M. Greenwald ; et la surveillance de la France par les services de renseignements américains, dont peu d’éléments avaient filtré jusqu’à présent.

TRAVAIL D’ENQUÊTE

La nature très diverse de ces documents et leur grande technicité nécessitait, pour chacun d’entre eux, un examen minutieux et une analyse approfondie, pour tenter de leur donner tout leur sens et leur valeur. Les documents de la NSA obtenus par Le Monde ont aussi donné lieu à un travail d’enquête en France. Nous avons fait réagir des sources officielles françaises à ces informations. Le Monde considère que le public ne doit pas être maintenu dans l’ignorance de programmes d’écoutes et d’espionnage prenant des dimensions telles qu’ils mettent à bas tout principe de contrepoids en démocratie.

Notre approche n’est pas de prôner, ni de pratiquer, la transparence absolue, qui consisterait à publier en bloc et de manière irresponsable toutes les données sur tout. Les « révélations Snowden » ne visent pas à affaiblir les sociétés démocratiques mais à les consolider, à éveiller les consciences sur les risques que comportent pour nos valeurs ce gigantesque ratissage de données permettant de lire dans nos vies, nos contacts, nos opinions, comme à livre ouvert. Pour Le Monde, cette démarche s’inscrit dans le droit fil des enquêtes consacrées ces dernières années à la question des libertés publiques et individuelles.

Lire : L’ampleur de l’espionnage mondial par la NSA

Notre journal a ainsi publié en juillet une enquête sur la surveillance des communications électroniques et téléphoniques menée par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Raconter la « guerre » électronique secrète qui se déroule dans les coulisses de nos démocraties, c’est aussi mettre en exergue le manque de débat politique approfondi sur les questions de surveillance des citoyens.

La liberté de communiquer et de bénéficier du secret de la correspondance est une pierre angulaire du fonctionnement des démocraties. L’intrusion systématique dans la vie privée est le propre des systèmes totalitaires, comme a pu le rappeler le film La vie des autres décrivant l’appareil de la Stasi en Allemagne de l’Est. La démarche des médias impliqués dans les révélations Snowden rencontre assurément des critiques. Au Royaume-Uni, la polémique bat son plein depuis que le patron du MI5, Andrew Parker, a assimilé le travail de la presse sur ces documents à un coup porté aux efforts des services secrets luttant contre le terrorisme et d’autres menaces planant sur la sécurité nationale. Le Monde, comme le Guardian, réfute cette allégation.

INCIDENCES SUR NOS LIBERTÉS

Car la manière dont les informations sont choisies et diffusées respecte à ce jour un principe cardinal : aucun des documents divulgués n’apporte de détail sur la façon dont la NSA surveille les menées de pays autocratiques, comme la Chine et Russie, ni celles de groupes non-étatiques représentant un danger sécuritaire. Les règles adoptées par Edward Snowden et Greenwald, et auxquelles Le Monde souscrit, sont fondées sur un principe de responsabilité. Il n’est pas question de mettre en péril la sécurité des Etats-Unis ou de leurs alliés, mais bien plutôt de mettre en lumière des programmes secrets d’espionnage conduits par un pays démocratique, que cela porte sur ses propres ressortissants ou ceux de pays alliés.

Plus de douze ans après les attentats du 11-Septembre, la question demeure de trouver un équilibre entre sécurité nationale, libertés publiques et droit à l’information. Le paradoxe, dans l’affaire Snowden, on le sait, est que l’ancien agent recherché par la justice américaine se soit réfugié en Russie, pays au régime répressif. Mais en assurant, comme il l’a fait dans un récent entretien au New York Times, qu’il n’avait transmis aucun document de la NSA aux autorités russes ou chinoises, Edward Snowden s’inscrit dans une démarche de « lanceur d’alerte » soucieux de l’intérêt public et de la démocratie – et non au service de puissances extérieures.

Lire : Les révélations d’Edward Snowden, un séisme planétaire

Le respect de cette ligne est fondamental, et sera testé avec le temps. Les documents transmis par Snowden focalisent l’attention sur un enjeu majeur : à l’heure où la puissance des nouvelles technologies a rendu possible ce « Big Brother » planétaire, il est urgent de débattre des incidences du phénomène sur nos libertés. Et de faire en sorte que le travail des organes de sécurité des États démocratiques soit encadré par des procédures de contrôle efficace, parlementaire ou judiciaire. On en est loin aujourd’hui.

Cette préoccupation vaut aussi pour l’activité des géants américains de l’Internet, qui ont pu prêter main forte à la NSA. En coopérant avec Le Monde, Glenn Greenwald a voulu contribuer à étendre cette prise de conscience. Au Royaume-Uni et en Allemagne, la découverte du siphonage des données personnelles par la NSA, ainsi que l’implication des services de renseignements de ces pays, ont suscité un vif débat. On ne peut que souhaiter qu’il en soit de même en France. Et que l’Union européenne s’en saisisse.

Natalie Nougayrède (directrice du Monde et directrice des rédactions )
Journaliste au Monde

 

Photos Argentique en 2013

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Manifestation en faveur du Mariage pour Tous, Bastille, Avril 2013.

Les photos (surtout sur papier) donnent une impression intemporelle, cela pourrait être une manifestation des années 80 ou 90.