Archives Mensuelles: décembre 2013

Rock behind the wall

Ou la guerre froide des concerts rock :

Une plongée en RDA juste avant la chute du mur. Émouvant !

http://www.youtube.com/watch?v=Um3WOzUoNBw

EPR de Flamanville : un réacteur et des hommes

http://www.franceinter.fr/emission-interception-epr-de-flamanville-un-reacteur-et-des-hommes

par France Inter – Radio France © Pascale Pascariello

L’EPR de Flamanville, dans la Manche, devait entrer en fonction l’an dernier après un premier coup de pelle en 2007… Son ouverture n’est plus prévue que pour 2016, c’est-à-dire avec 4 ans de retard sur l’objectif initial. Quant à la facture du chantier confié pour l’essentiel au groupe industriel Bouygues, elle a déjà presque triplé, atteignant 8 milliards et demi d’euros.

EPR de Flamanville © EDF – Alexis Morin – 2013

Pour ce qui concerne le coût humain, qu’en est-il ?

La mort accidentelle d’un ouvrier en janvier 2011 a attiré l’attention de l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Sur instruction du Procureur de la République de Cherbourg, une enquête préliminaire a été ouverte, puis deux autres. Les conclusions de la première évoquent une présomption d’homicide involontaire avec manquement délibéré aux règles de sécurité. Les témoignages proposés dans ce reportage viennent étayer le constat dressé par les enquêteurs.

Chez AREVA et EDF, on reconnaît un défaut de préparation du chantier. On assure que tout a été fait pour corriger le tir. Il n’en reste pas moins que, des quatre années qui ont suivi l’ouverture du site, on retiendra la pression exercée, à tous les niveaux de la chaîne de construction, sur les salariés du site de Flamanville… Question, sans doute, d’enjeux politiques et financiers.

Réactions

Après la diffusion le dimanche 6 octobre 2013 du reportage de Pascale Pascariello, le directeur de la communication d’AREVA nous écrit.

Dans sa lettre rédigée en date du 17 octobre, il évoque notamment « le choix de ne retenir qu’un infime passage » de l’interview que nous a accordée Luc Oursel, le président du groupe leader mondial de l’énergie nucléaire.

Nous en prenons acte et décidons de poster l’intégralité de cet entretien.

Lecture

Interview intégrale de Luc Oursel. Président du directoire d’AREVA

en vidéo

Construction des piscines dans la partie nucléaire : un travail de précision

Construction des piscines dans la partie nucléaire : un travail de précision © EDF – 2013

 

Hymne à l’amour

Naoned, décembre 2013

2013-12-10 13.40.54 2013-12-10 13.50.122013-12-10 13.48.592013-12-09 12.16.102013-12-10 17.34.31  2013-12-10 13.48.47 2013-12-08 13.45.352013-12-10 16.55.08   2013-12-04 18.04.19

Sortir de l’économie carbone d’ici 2030 ?

Les révolutions industrielles on consisté à proposer un nouveau régime énergétique associé à un nouveau moyen de communication. 
>>>> 1ère révolution industrielle, 18ème siècle > Utilisation du charbon qui a permis le développement de la vapeur dans l’imprimerie.
>>>> 2ème révolution industrielle, début 20ème siècle > La communication électrique a convergé avec le moteur à essence.—–

Les entrepreneurs des Pays de la Loire déclenchent la troisième révolution industrielle et agricole

Publié le 28/11/2013
Les 3 Chambres économiques des Pays de la Loire ont convié les acteurs économiques de la Région au lancement de la 3ème Révolution Industrielle et Agricole (TRIA). Le terme reste un peu obscure mais d’emblée chacun perçoit l’importance de l’événement avec l’invention d’un nouveau paradigme économique qui dessinerait un futur sans carbone.
Le concept de TRIA est porté et défendu par Jeremy Rifkin, absent de la manifestation mais présent par la puissance de la pensée que l’ensemble des acteurs vont s’approprier (voir la vidéo projetée). Pour Rifkin, l’économie décarbonnée repose sur 5 piliers :
– les Energies renouvelables
– le bâtiment positif
– le stockage
– les réseaux intelligents (smart grid)
– la mobilité verte
La Région Nord-Pas-de-Calais enagée dans une démarche similaire a ajouté 3 piliers transversaux :
– l’efficacité énergétique : à voir sous l’angle d’une opportunité économique et pas comme contrainte
– l’économie de la fonctionnalité : le développement de services paratgés (parties communes dans des immeubles)
– l’économie circulaire : (concept d’Hélène Mac Arthur). Recyclage, réparation, rénovation des bâtiments.
On le voit d’emblée, la construction et en particulier le bâtiment, sont au cœur de cette Révolution économique, l’implication de NOVABUILD dans ces démarches est évidente.

Le master plan de la Région Nord-Pas-de-Calais

Claude Lenglet, expert européen en écoconstruction et directeur du Master plan du Nord-Pas-de-Calais est venu présenter la démarche de la TRIA. Tout s’est déclenché assez rapidement. Philippe Vasseur, président de la CCIR du Nord a invité avec Daniel Percheron, Président de la Région, Jérémy Rifkin à participer au worldwide forum de Lille en novembre 2011. Il y avait 1600 personnes dans la salle. La base de la réflexion, c’est l’urgence de la situation. On peut encore agir et il faut agir. Le chemin que nous prenons est un réchauffement de plus de 2 degrés : les conséquences sont incalculables. Il y a une necesité d’une transition.
Rifkin avait fait 2 Masterplan : à Rome et à Utrecht. Il a été convaincu de ne pas travailler cette fois-ci en top down, mais plutôt en bottom up en tenant compte des avis des acteurs.
8 groupes de travail ont été lancés avec 125 personnes concernées.
Pour Claude Lenglet, quand on parvient à un travail en commun entre CCIR et Région, cela donne des résultats étonnants, l’un ne peut faire sans l’autre. Le socle de départ était solide. Le Master plan est désormais écrit. Les projets concrets commencent à remonter.

Les enjeux pour les professionnels de la construction

Laurent Rossez, président de NOVABUILD est invité à intervenir. Il rappelle les enjeux pour les professionnels de la construction. Concernant les consommations énergétiques 43 % aujourd’hui en France sont liées aux bâtiments qu’il soient logement ou tertiaire, 22 % sont liés à l’industrie, 31 % aux transports , 3 % à l’agriculture et divers.
Concernant le parc immobilier en général qui est de 31 millions d’unités : 21M ont une consommation supérieure à 300 kW équivalent pétrole par mètres carrés par an, on peut parler pour eux de passoire énergétique. 9 millions ont une consommation supérieure à 80 et seulement 1 million ont consommation inférieure à 80 kW équivalent pétrole par mètre carré par an.
Face à ces enjeux, on peut parler d’une vraie dynamique de la filière BTP en Pays de la Loire que l’on peut illustrer par quatre exemples.
– Premier exemple:
A NOVABUILD nous ne parlons pas d’énergies renouvelables distribuées mais plutôt de SOBRIETE DISTRIBUÉE. Il faut travailler sur l’énergie non consommée, mais ce n’est pas toujours simple de choisir le projet le plus efficient. La digitalisation boulverse les pratiques dans notre filière. La mise en place de la maquette numérique, des moyens de calculs accrus, de l’interopérabilité entre les spécialités, les nouveaux modèles de calcul reinterrogés grâce à la métrologie (mesures par capteurs FM) peut permettre à terme de garantir la sobriété des projets livrés. L’idée de base est de porter les projets à forte valeur énergétique et donc de pouvoir garantir la performance.
– Deuxième exemple :
En terme de production d’énergie il y a de véritables sauts technologiques qui sont en train d’apparaître notamment dans l’optimisation du solaire. Un exemple très intéressant : c’est une jeune société DUALSUN créée par deux étudiants qui ont gagné le concours Solar Europe à Barcelone il y a 2 ans, Ils ont mis au point un capteur photo voltaïque hybride en cogénération (création d’électricité et de chaleur). L’échange du capteur avec une plaque inox récupératrice de chaleur optimise le rendement photovoltaïque. D’autres sujets similaires sont en réflexion comme la Tri-Génération (électricité/ chaleur / froid) ou la diminution des poids et changements de couleur des capteurs pour une meilleure intégration sur le bâti existant. Une équipe nantaise relève le défi du Solar et mobilise plus de 100 étudiants pour inventer l’habitat de demain, et c’est réjouissant.

Le stockage énergétique, des pistes insoupçonnées

– Troisième exemple :
Concernant le stockage énergétique, nous parlons plutôt de « mix stockage ». C’est-à-dire qu’il y a le stockage naturel, mais aussi chimique ou opportuniste.
– Concernant le stockage naturel cela interroge bien évidemment le sol. Il faut savoir que pendant un certain nombre d’années le sol a été considéré comme un élément de captage de calories uniquement.
Aujourd’hui le sol est vu comme un réservoir thermique périodique : C’est-à-dire que lorsque l’on dispose de calories excédentaires avec le soleil on injecte dans le sol (roche ou réservoir type puits) les calories pour les retirer lorsque le soleil ne brille plus… Il y a également d’autres possibilités de fondations géothermiques mais là il faut savoir que l’absence de connaissances scientifiques sur la longévité des bétons subissant des cycles chaud et froid alternés empêche la mise en œuvre de ces technologies.
Notre filière a besoin de sciences dures de la Terre, de sciences physiques voire mathématiques.
– Concernant le stockage chimique tout le monde attend le saut technologique sur les batteries c’est déjà le cas dans l’automobile avec des batteries de plus en plus performantes.
– Et c’est là que le stockage chimique rejoint la notion de stockage opportuniste : Rifkin parle essentiellement du stockage de l’hydrogène qui est très coûteux et à faible rendement. Les Allemands ont constaté que l’ensemble du réseau de méthane constitue un formidable gisement opportuniste : Ils ont inventé un appareil qui utilise l’hydrogène issue de l’hydrolyse initiale et recombiné au CO2, un appareil produit du CH4 réinjecté dans le réseau réservoir. Dernier exemple de réservoir opportuniste : les vides possiblement utilisable dans les structures même des bâtiments. C’est une idée dont on a parlé à NOVABUILD. Effectivement pour franchir de grandes portées en économisant de la matière les ingénieurs ont tendance à créer des vides. Le réservoir opportuniste consiste à utiliser ces vides pour stocker de l’énergie renouvelable.

Réseaux intelligents ou travail intelligent?

– Quatrième exemple :
Rifkin parle de réseaux intelligents, nous, nous préférons parler de travail intelligent. Effectivement ce ne sont pas les machines qui sont intelligentes mais c’est bien le travail et la valeur ajoutée que l’on peut obtenir ensemble grâce un travail collaboratif.  Et là, il se passe une petite révolution dans notre métier des bâtiments et des travaux publics.
En effet on constate un véritable changement de paradigme : l’ensemble de la filière manifeste le souhait de travailler ensemble que ce soit les chercheurs les laboratoires les institutionnels les concepteurs ou les entreprises… S’y adjoint même aujourd’hui le monde étudiant. De ce travail collaboratif nait les premiers prototypes qui seront testés d’abord dans des ouvrages expérimentaux pour être ensuite généralisés pour tout un chacun.
Nous pouvons être très optimistes car comme on le voit le bâtiment est devenu un formidable intégrateur des nouvelles technologies et de l’intelligence constructive…
L’ensemble des acteurs en ont pris conscience et se mettent à travailler ensemble notamment avec les clusters comme NOVABUILD. Et pas uniquement la filière car ces questions interrogent tous les métiers, toutes les professions, des connexions se font avec des secteurs avec lesquelles nous n’avions pas de contacts jusque là comme le design, ou la silver economy.
Ce qui est encore plus motivant c’est que il y a aujourd’hui un véritable intérêt manifesté par la jeunesse envers le bâtiment et cette nouvelle approche globale. En conclusion de son propos, Laurent Rossez précise que malgré le fait que tout devient digital, finalement la collaboration intelligente est en train de façonner la ville et l’habitat du futur qui saura demain accueillir et conserver la jeunesse active et innovante au sein des territoires comme ceux des Pays de la Loire !

Inventer des chemins concrets pour les entreprises

Christophe CLERGEAU, Premier Vice-Président de la Région Pays de la Loire constate avec plaisir que la démarche d’aujourd’hui s’insère bien dans une démarche plus globale engagée par la Région. Nous assistons à des mutations qui nécessitent un accompagnement global au changement, y compris au sein des entreprises. Le changement n’est pas que technologique , c’est un changement profond de société. Il nous faut inventer les chemins concrets pour les entreprises, ces problématiques doivent être mises au cœur des stratégies des entreprises.
Il nous faut un programme massif « d’évangélisation » et d’accompagnement au changement dans tous les secteurs et tous les territoires. L’esprit « équipe pays de la loire », c’est jouer collectif, c’est pourquoi nous avons tout lieu d’être confiants. Pour Christophe Clergeau, Il ne faudrait pas se limiter à un scénario vertueux qui resterait sans suites, il convient de vérifier la capacité de mobilisation des outils et des moyens financiers pour que cette mutation soit effective.

Les entrepreneurs ont décidé aujourd’hui d’être moteurs

Bruno Hug de LARAUZE, Président de la CCIR conclue cette riche matinée par un propos mobilisateur. Il précise que les enjeux planétaires sont tellement conséquents qu’on se demande parfois ce qu’on peut faire en proximité. Nous en tant qu’entrepreneurs il faut qu’on se bouge, qu’on mobilise les entreprises avec tous les réseaux des entrepreneurs. La TRIA est l’enjeu de la compétitivité des entreprises. Il y a un « déjà » fort, intellectuel, collaboratif, etc. Cela a été la démonstration de ce matin.
Il faut faire de toutes ces rivières un fleuve de la mutations de l’avenir, un fleuve où on prépare l’avenir, où on a décide de devenir moteurs.
« Alors, maintenant on y va. On va se faire un truc de ouf avec beaucoup de kif » Bruno Hug de Larauze.
 http://www.novabuild.fr/actualites/entrepreneurs-pays-loire-declenchent-troisieme-revolution-industrielle-agricole
La Troisième Révolution Industrielle – Jeremy Rifkin – Arte – Futur by Starck

Surveillance#données#liberté

Les industriels se révoltent contre une surveillance renforcée du Net

Par Sandrine Cassini | 07/12 | 14:31 |

Le Conseil national du numérique juge une modification de la loi, permettant d’élargir l’accès aux données détenues par les fournisseurs d’accès Internet et les hébergeurs, « inopportune ». L’entourage de Fleur Pellerin, la ministre du numérique, promet « une loi » sur les libertés en 2014, sans renier la position gouvernementale

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Même tardivement, et probablement en vain, les industriels ont fini par se révolter contre la loi de programmation militaire, qui sera discutée mardi au Sénat. Au cœur du bras de fer: un article élargissant le régime d’accès aux données détenues par les fournisseurs d’accès Internet (FAI) et les hébergeurs (Dailymotion, YouTube, etc.). Selon le nouveau dispositif, le ministère de l’Economie et des finances, la police et la gendarmerie, pourront accéder directement aux données, de manière illimitée, sans recourir à un juge, et ce, en évoquant toutes sortes de motifs (criminalité, délinquance organisée ou préservation du « potentiel scientifique et économique de la France »). Jusque là, une telle intrusion concernait uniquement la lutte contre le terrorisme.

Les opérateurs télécoms sont concernés au premier chef par le dispositif. «C’est un accès direct à nos systèmes d’information sans que l’on soit forcément au courant» , indique Pierre Louette, président de la Fédération française des télécoms, et directeur exécutif d’Orange. «La main du législateur doit être tremblante quand elle se rapproche comme cela des libertés publiques».

A l’heure du cloud, qui consiste pour les entreprises à externaliser la gestion de leurs données, les industriels craignent de perdre la confiance de leurs clients. « Après les révélations sur Prism, l’Europe était vue comme un îlot protecteur pour les données. Là, on autorise une entrée dans les systèmes d’information de manière administrative. Cela signe la perte d’un avantage compétitif important », s’insurge Jamel Labed, président de l’AFDEL, le syndicat des logiciels et à la tête d’EasyVista, une société du cloud. Giuseppe de Martino, le président de l’Asic, qui regroupe les hébergeurs Internet, pointe ce risque de fuite de clients. «Les entreprises américaines conservent la faculté de repousser les requêtes des autorités françaises en demandant de passer par la voie de la coopération judiciaire internationale. Le paradoxe serait donc que les données seraient plus protégées en dehors du territoire français qu’ici ! ».

Dans l’ensemble, tout le numérique s’inquiète. Le texte « porte atteinte à la compétitivité des entreprises du digital», s’indigne l’Internet Advertising Bureau, qui représente les régies publicitaires.

Une loi sur les libertés en 2014

Absent du débat depuis le départ, le Conseil national du numérique a rendu un avis express vendredi, jugeant qu’il n’était pas « opportun » de modifier la loi « sans un large débat public », et appelant à « une concertation sur les libertés numériques ».

Le cabinet de Fleur Pellerin, la ministre du numérique, a saisi la balle au bond en promettant une « une loi » sur les libertés en 2014, sans renier la position gouvernementale, qui ne devrait pas varier d’ici mardi, indiquait-on vendredi à Matignon. La commission de la défense du Sénat a d’ailleurs appelé à adopter le texte en l’état. Si le vote était confirmé, il serait alors adopté définitivement sans retour à l’Assemblée nationale.

Comment en est-on arrivé là ? « La loi sur les interceptions est valable jusqu’à 2015. On met en péril un système alors qu’il n’y avait pas d’urgence », s’indigne Philippe Aigrain, de la Quadrature du Net.

Sandrine Cassini

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/tech-medias/actu/0203175656091-les-industriels-se-revoltent-contre-une-surveillance-renforcee-du-net-635467.php

 

Nelson Mandela est mort

Le Monde.fr | 05.12.2013 à 23h00 • Mis à jour le 06.12.2013 à 09h12 | Par Patrice Claude
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/12/05/nelson-mandela-est-mort_3427343_3212.html
 
 Nelson Mandela est mort jeudi à 95 ans.
 

Il disait qu’il n’était « ni un saint ni un prophète ». Il déplorait qu’on le présente comme « une sorte de demi-dieu ». Il insistait sur ses « erreurs », ses « insuffisances », ses « impatiences ». Jusqu’au bout, tandis qu’on le fêtait à travers le monde, tandis que les Etats et les puissants lui tressaient des lauriers, lui dressaient des statues, lui décernaient des palmes et des récompenses, tandis qu’un peu partout on donnait son nom à des milliers d’écoles, d’universités, de rues, de places, de parcs et d’institutions diverses, jusqu’au bout il s’est voulu « un homme comme les autres, un pécheur qui essaie de s’améliorer ».

Nelson Mandela est mort à l’âge de 95 ans à son domicile de Johannesburg, a annoncé dans la soirée du jeudi 5 décembre le président sud-africain Jacob Zuma, en direct à la télévision publique. « Notre cher Madiba aura des funérailles d’Etat », a-t-il ajouté, annonçant que les drapeaux seraient en berne à partir de vendredi et jusqu’aux obsèques.

On l’a comparé, et on l’identifiera plus encore maintenant qu’il est mort, au Mahatma Gandhi, au dalaï lama, à Martin Luther King. Même charisme, même volonté farouche. L’histoire tranchera. Bill Clinton voyait en lui « le triomphe de l’esprit humain, le symbole de la grandeur d’âme née dans l’adversité ». Il est plus probable que Nelson Rolihlahla Mandela restera, pour l’Afrique, ce qu’Abraham Lincoln fut pour l’Amérique du Nord, ou Simon Bolivar pour celle du Sud : un libérateur.

Il aimait les jolies femmes, les beaux costumes, les chemises bariolées, la boxe, la musique et la danse. Divorcé deux fois, il a fait cinq enfants à deux épouses successives avant de finir sa vie avec une troisième. Il lui est arrivé de mentir, de manipuler des interlocuteurs, de pactiser avec des gens peu recommandables, de se laisser emporter par la colère, de se montrer injuste, indifférent ou dictatorial avec des proches, des collègues, voire avec ses enfants.

ÉLEVÉ POUR RÉGNER ET COMMANDER

Ce n’était ni un messager de Dieu ni un ange descendu du ciel. Pas même un pacifiste. C’était un humain, issu de la noblesse d’Afrique, un fils de chef, né dans l’orbite des étoiles, élevé pour régner et commander. Mandela était un géant comme il en éclot moins d’un par siècle sur la planète. Il faudrait une bibliothèque entière pour restituer l’œuvre du personnage. Et des centaines d’ouvrages ont déjà été écrits à travers le monde sur le destin et la pensée de ce charismatique et énigmatique vieux sage.

Aujourd’hui, on s’interroge sur l’avenir de l’Afrique du Sud, et sur la pérennité de l’héritage démocratique qu’il a laissé. Certains radicaux se demandent si « Madiba » – comme il aimait à être nommé parce que c’était le nom de son clan tribal et qu’il n’avait « jamais su » pourquoi sa première institutrice, une missionnaire britannique, lui avait attribué d’autorité le nom de Nelson à l’âge de 9 ans, alors que son vrai prénom était Rolihlahla – ne s’est pas trompé.

En 2001, lors d'une visite du président cubain Fidel Castro, à Johannesburg.

Au vu des fortes inégalités et des injustices qui perdurent dans la République « arc-en-ciel », le plus souvent au profit de la minorité blanche, certains avancent que Mandela a trop cédé à cette dernière, lui a trop pardonné. Qu’il eût peut-être mieux valu une vraie révolution accompagnée d’une véritable redistribution des richesses, des droits et des privilèges au profit de la majorité noire.

En clair, ils reprochent au « fauteur de troubles » – traduction approximative de « Rolihlahla » en langue xhosa – de s’être montré trop clément avec la minorité blanche, d’avoir assuré une transition démocratique en douceur, d’avoir instauré la règle du « un homme, une voix » et d’être ainsi devenu, le plus équitablement du monde et avec le minimum de troubles et d’affrontements possibles, le premier président noir élu par tout le peuple d’Afrique du Sud. En d’autres termes, on lui reproche ce qui restera à jamais dans l’histoire comme sa plus grande œuvre : avoir évité à son pays sans doute la plus sanglante des guerres civiles d’Afrique.

« UN IDÉAL POUR LEQUEL JE SUIS PRÊT À MOURIR »

Dès avant sa libération, le 11 février 1990, après vingt-sept années d’enfermement, cet homme d’exception était déjà un exemple pour tous les opprimés de la terre, une légende, un mythe quasi universel. Cinq phrases, prononcées en conclusion d’une plaidoirie de quatre heures à son propre procès le 20 avril 1964, lui avaient ouvert à jamais le cœur des hommes.

Ce texte, qui fit le tour du monde avant que le gouvernement minoritaire blanc de l’apartheid interdise sa diffusion et bannisse pendant trois décennies jusqu’au nom et aux traits du célèbre prisonnier de Robben Island, le voici : « J’ai dédié ma vie à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble, dans l’harmonie, avec d’égales opportunités. C’est un idéal que j’espère atteindre et pour lequel j’espère vivre. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

Six semaines plus tard, le 11 juin 1964, Nelson Mandela, qui était en prison depuis déjà deux ans, échappait de justesse à la peine de mort et était condamné, avec huit de ses camarades de combat, à la prison à vie pour « haute trahison et tentative de renversement par la force du gouvernement » blanc.

Au cas où la potence aurait été, comme pour tant d’autres, au bout du chemin, Mandela avait préparé pour la postérité une autre petite phrase retrouvée plus tard dans ses notes de cellule : « Je veux que tous ici sachent que je vais à la rencontre de mon destin comme un homme. » Ce courage, ce panache devant une mort si injuste, ne venaient évidemment pas de nulle part. Ces qualités autant que la vision du prisonnier politique le plus célébré de l’univers accompagnèrent toute la longue vie de l’« Africain capital », comme on allait plus tard le célébrer.

LE PÈRE, CHEF DU CLAN MADIBA, BANNI DE SA TERRE

Rolihlahla Mandela naît le 18 juillet 1918 dans une hutte circulaire du village de Mvezo, dans le district d’Umtata. Peu après sa naissance, le père, chef du clan Madiba et membre de la dynastie des Thembu, qui régnait depuis des siècles sur la région du Transkei, est banni de sa terre par l’autorité coloniale blanche au motif qu’il n’était pas assez coopératif. Roi des Thembu, l’une des grandes tribus de la nation Xhosa, seconde en nombre dans le pays derrière les Zoulous, l’arrière-grand-père de Rolihlahla, mort en 1832, avait un fils appelé Mandela, source, plus tard, du patronyme familial.

Déporté dans un autre village proche, nommé Qunu – la hutte familiale existe toujours et Mandela président s’y fera construire une autre maison –, le chef destitué des Madiba, ses quatre épouses et ses treize enfants vivent chichement, mais avec dignité. Les Thembu reconnaissent son rang et, lorsque le père meurt de tuberculose, Rolihlahla, alors âgé de 9 ans, est pris en charge par le régent de la tribu. Il deviendra le premier de sa famille à aller en classe, dans une mission méthodiste.

Président, Mandela ira souvent se ressourcer dans son village, auprès de son clan. Dans ses Mémoires, il évoque « l’enfance heureuse » qu’il y mena au milieu des vaches qu’il avait à garder. « Je me souviens avoir écouté les anciens de ma tribu raconter les histoires d’autrefois, le bonheur d’autrefois et puis les guerres livrées par nos ancêtres pour défendre notre patrie » contre le colonisateur. Madiba est « fier » de ses racines tribales.

A l’ouverture de son ultime procès, le 9 octobre 1963, il se présente drapé dans un kaross, la cape traditionnelle en peau de léopard des dignitaires xhosa. « J’ai choisi de revêtir ce costume pour souligner le symbolisme de l’Africain noir dans un tribunal exclusivement blanc », explique-t-il. Mandela « le grand communicateur », qui fera si souvent merveille plus tard, qui saura, d’instinct, utiliser l’image et les médias pour avancer sa grande cause de la réconciliation entre les races, perce déjà sous le militant.
Il est conscient de son rang « jusqu’à l’arrogance », diront certains de ses amis.

Nelson Mandela, en 2007.

« On peut tout m’imposer, mais détruire ma dignité, jamais ! » Toujours poli et courtois avec ses gardiens afrikaners, à Robben Island comme dans la prison Pollsmoor où il sera transféré en 1982, il exige et obtient, malgré les mauvais traitements que tous les détenus ont à endurer, d’être traité avec respect. A la fin des années 1990, il sera l’un des rares chefs d’Etat du monde à donner du « chère Elizabeth » à la reine d’Angleterre…

« L’UNIVERSITÉ ROBBEN ISLAND »

A « l’école des Blancs », le jeune Rolihlahla, excellent élève, a appris leur histoire, leur culture. Il adore Haendel, Tchaïkovski, adule Shakespeare. Adulte, il étudiera Clausewitz et Che Guevara. En prison, il parfait ses connaissances en droit, obtient deux diplômes d’études supérieures par correspondance, partage ses acquis avec ses codétenus – au point que la plupart évoqueront en souriant « l’université Robben Island » qu’il a mise en place sur l’île forteresse.

En prison, il apprend la langue afrikaans, étudie l’histoire et la littérature de « l’ennemi », invite ses camarades à faire de même, « parce qu’un jour, dit-il, il faudra que tous les peuples de notre pays, Afrikaners compris, se comprennent pour vivre ensemble ». La vision est déjà là, solide. « La souffrance peut engendrer l’amertume ou ennoblir, explique Mgr Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix 1984, chef de l’Eglise anglicane sud-africaine et militant infatigable de la lutte antiapartheid. Madiba a développé une générosité, une magnanimité hors du commun. »

La personnalité africaine de Mandela n’y est pas pour rien. Adolescent, il a découvert, auprès du régent des Thembu, la philosophie centrale de la culture xhosa – et de tous les peuples bantous auxquels appartiennent aussi les Zoulous et d’autres peuples noirs : l’ubuntu, une fraternité, une manière de vivre ensemble. Fondé sur un sentiment d’appartenance à une humanité plus vaste, le concept contraint ses adeptes à respecter autrui, à faire preuve de compassion, de compréhension. Il s’oppose à l’égoïsme et à l’individualisme, réputés « valeurs blanches ».

Dans le manifeste que Mandela contribue à rédiger dès 1944 pour la création de la Ligue des jeunes de l’ANC, le Congrès national africain, qui existe alors depuis trente-deux ans mais ne se faisait guère entendre, l’ubuntu, qui interprète l’univers comme un tout organique en chemin vers l’harmonie, est déjà présent. L’idée fera sa route dans d’autres documents politiques de l’ANC et jusque dans la nouvelle constitution de la nation « arc-en-ciel » de 1996.

Les Afrikaners, qui ont institutionnalisé le développement séparé – apartheid – en 1948, qui ont créé les bantoustans, régions autonomes réservées aux Noirs, privés des droits les plus élémentaires, mais ont aussi tué, torturé et emprisonné des milliers de gens parce qu’ils se rebellaient contre cet ordre inique, doivent-ils à l’Ubuntu d’avoir échappé aux massacres postapartheid ? Sans doute en partie.

PAS UN PACIFISTE

Car l’homme qui, après sa libération, poussera l’exemple du pardon jusqu’à serrer la main du procureur afrikaner qui voulait le pendre en 1964, qui rendra visite à la veuve du Dr Verwoerd, l’architecte historique de l’apartheid, le président qui mettra en place à travers le pays, et contre l’avis de ses camarades de combat, ces commissions Vérité et réconciliation, où les leaders, les serviteurs civils, policiers et militaires de l’apartheid, viendront confesser leurs crimes et demander pardon, cet homme-là, on l’a dit, n’était pas un pacifiste.

Nelson Mandela, premier président noir sud-africain.

Il ne le niera pas devant ses juges, c’est lui qui, après le massacre de Sharpeville, au cours duquel la police blanche abat plus de soixante-sept Noirs dans une manifestation en mars 1960, plaide au sein de l’ANC pour mettre un terme à la stratégie de non-violence, qui n’avait abouti, en un demi-siècle de pratique, à aucun résultat ; lui qui allait créer et diriger, à partir de juin 1961, l’Umkhonto we Sizwe, la « Lance de la nation », branche armée du mouvement. En juin 1962, après une tournée clandestine dans une douzaine de pays d’Afrique, dont l’Algérie, il est en Ethiopie.

Il endosse la tenue camouflée des guérilleros, apprend le maniement des explosifs et du pistolet-mitrailleur. Il explique que, dans les luttes pour la justice, « c’est toujours l’oppresseur qui détermine les méthodes d’action » : « S’il use de la force brute contre les aspirations populaires légitimes, s’il refuse tout dialogue significatif et de bonne foi, la meilleure méthode en toutes circonstances, parce que les conflits sont toujours mieux résolus par le cerveau que par le sang, alors les opprimés n’ont d’autre choix que de recourir eux aussi à la force. »

Arrêté dès son retour clandestin d’Ethiopie sur dénonciation d’un agent de la CIA infiltré dans l’ANC, l’homme que la presse blanche avait surnommé « le mouton noir » pour sa capacité à échapper, par des déguisements divers, à toutes les polices qui le poursuivaient depuis des mois déjà, parce que, en tant que haut dirigeant de l’ANC, il avait organisé des grèves et des campagnes de désobéissance civile à fort retentissement, Madiba entre en prison le 5 août 1962, condamné à cinq ans pour ces faits. Et pour avoir quitté le pays clandestinement.

MANDELA REFUSE LA LIBÉRATION CONTRE SON RETRAIT POLITIQUE

Dix-huit ans plus tard, alors qu’il quitte enfin l’« île du diable » pour Pollsmoor, près du Cap, le pouvoir blanc commence à mesurer l’aura particulière de son prisonnier. En février 1985, le président P.W. Botha lui offre la libération en échange de son retrait politique et d’un appel public à la cessation des violences. Mandela refuse. Une fois, dix fois, le pouvoir essaie de le tenter.

Il n’ignore pas, grâce aux rares lettres que le détenu est autorisé à écrire à sa famille – une seule tous les six mois pendant huit ans –, combien Madiba souffre de la séparation d’avec sa jeune et belle épouse, Winnie, ses deux premiers fils, leurs deux filles qu’il ne verra pas grandir. Il sait combien Mandela a souffert de ne pas avoir été autorisé à assister aux funérailles de sa mère, morte d’épuisement en 1968, puis de son fils aîné, son favori sans doute, tué dans un accident de voiture l’année suivante. Mais, rien à faire, à chaque fois, le reclus de Pollsmoor rejette les offres conditionnelles d’élargissement.

En novembre 1985, alors qu’il entre dans sa vingt-troisième année de détention, le pouvoir blanc, qui commence à vaciller, veut ouvrir des négociations directes avec lui. Tenace, il refuse encore : « Seuls les hommes libres peuvent négocier », dit-il. Dialoguer avec les geôliers, voire avec les ministres blancs qui défilent maintenant dans sa cellule, oui. Sauver le régime par quelques réformettes et concessions à la majorité noire, non.

La situation internationale aidant, la montée de l’opprobre mondial et des sanctions internationales contre le pouvoir blanc bouleverse l’équilibre des forces. Ce sont maintenant Mandela et les siens qui fixent leurs conditions à une éventuelle sortie de prison. L’ANC et ses alliés communistes et syndicalistes doivent être légalisés à nouveau. Tous les prisonniers politiques doivent être libérés, les bantoustans créés pour diviser les Noirs et réserver les richesses aux Blancs, démantelés, la règle démocratique, « un homme, une voix », acceptée.

Quatre ans plus tard, virtuellement aux abois, le gouvernement de Frederik De Klerk accepte tout. La suite est universellement connue. Le 11 février 1990, à 16 heures, Nelson Rolihlahla Mandela, en costume gris, se dirige vers la grille de sa dernière prison. La cérémonie est retransmise en mondovision.

PERSONNE OU PRESQUE NE L’AVAIT REVU

Chacun retient son souffle. Il y a plus d’un quart de siècle que personne ou presque ne l’a revu. Pas même en photo. Le héros quadragénaire « posterisé » autour du monde a maintenant 73 ans. Les années de travaux forcés dans les carrières de chaux ont brûlé ses yeux, il ne peut plus pleurer. On craint d’apercevoir un frêle vieillard, voûté, abîmé, malade peut-être. Et c’est un miracle. Il se tient, grave, droit comme un I, prenant son épouse, Winnie, par la main. « Il était la personnification de l’avenir », s’ébaudit Nadine Gordimer, écrivaine sud-africaine, Prix Nobel de littérature en 1991.

Nelson Mandela à sa sortie de prison, le 11 février 1990.

« On avait peur qu’il ne soit pas à la hauteur de son mythe, Dieu merci, ces craintes étaient infondées », s’exclame Mgr Tutu. Son premier discours d’homme libre, au Cap, est à la hauteur de l’événement. « Je me tiens ici devant vous, non comme un prophète, mais en humble serviteur (…). Mes dix mille jours d’emprisonnement sont enfin derrière moi (…). Je place les années de vie qui me restent entre vos mains. » La foule exulte. Partout dans le monde, les opprimés communient. Lui a le sentiment de marcher vers une nouvelle vie. Elle sera compliquée. Le pouvoir est en vue, pas encore entre ses mains.

Il y a des émeutes sanglantes entre les Zoulous et l’ANC, des assassinats et des règlements de comptes par milliers, une tentative meurtrière de coup d’Etat de l’extrême droite afrikaner. Il est sur tous les fronts. Tour à tour, il cajole, condamne, menace. Il s’affirme comme le chef d’Etat qu’il n’est pas encore. Et il finit par triompher.

PREMIER PRÉSIDENT SUD-AFRICAIN ÉLU DÉMOCRATIQUEMENT

Le 10 mai 1994, après quatre longues et difficiles années de négociations pied à pied avec la minorité blanche, de plaidoiries enflammées autour du monde, l’icône prête serment : il est le premier président de la République sud-africaine élu démocratiquement. Son parti a obtenu 62,6 % des voix.

« Jamais, plus jamais, ce beau pays ne vivra l’oppression des uns par les autres, lance-t-il. L’humanité ne connaîtra pas plus grand accomplissement. Que règne la liberté ! » L’homme a rejoint sa légende.

Chef de l’Etat, il donne les grandes orientations, multiplie les gestes symboliques de réconciliation. En prison déjà, « le pardon était une stratégie de survie pour lui », écrit Bill Clinton, président des Etats-Unis de 1993 à 2001. Pour le reste, il laisse son premier ministre, Thabo Mbeki, gérer le pays, plonger les mains dans le cambouis, changer les lois, passer les compromis nécessaires à la paix civile, bref, gouverner.

Madiba a prévenu qu’en raison de son grand âge et de sa soif de découvrir ce monde de jumbo-jets, de satellites et d’ordinateurs qu’il n’a pas connus, il ne ferait qu’un seul mandat. En mai 1999, il se retire de la scène politique. Trois ans plus tôt, évoquant « l’immense solitude » qui fut la sienne après sa libération aux côtés de Winnie, laquelle a multiplié les frasques et encouragé l’extrémisme, il a demandé le divorce. Fin 1993, déjà séparé d’elle, il est tombé amoureux pour la dernière fois de sa vie.

Nelson Mandela aux côtés de Graça Machel, son ultime amour, en 2010.

Douce, intelligente, pleine de compassion, Graça Machel a vingt-sept ans de moins que lui. Elle est veuve du président du Mozambique, Samora Machel, disparu en 1986. Il est, dit-il, « très attiré par cette remarquable femme ». Elle l’aime aussi, ils sont vus partout ensemble, main dans la main. Le 18 juillet 1998, pour le 80e anniversaire du grand homme, Graça dit enfin oui. L’heure du départ approche.

Après 1999, peu à peu, Madiba se retire des affaires du monde, il ne commente plus les affaires politiques. Sauf exception, comme en 2003, lorsque George W. Bush, « un président qui ne sait pas réfléchir », lance l’attaque sur l’Irak. On sait que les déboires de son successeur, Thabo Mbeki, éjecté du pouvoir par ses rivaux de l’ANC, le « désespèrent ».

Mais, discipliné jusqu’au bout, il ne dit mot. Et soutient, en 2009, la candidature à la présidence d’un ex-compagnon de prison, Jacob Zuma. Il honorera encore de sa présence quelques galas de charité pour les fondations – en faveur de l’enfance surtout – qu’il patronne, participe aux campagnes internationales de lutte contre le sida et, en juillet 2010, assiste au match de clôture de la Coupe du monde de football, qui s’est tenue en Afrique du Sud.

Au crépuscule de sa longue vie, Madiba le magicien partageait son temps entre Johannesburg et le Mozambique, coulant ses derniers jours dans la paix et le silence. Auprès de Graça, son ultime amour.

 

En quelques dates

  • 18 juillet 1918 Naissance à Mvezo (région du Transkei, actuelle province du Cap-Oriental)
  • 1942 Rejoint le Congrès national africain (ANC)
  • 1944 Crée la Ligue de la jeunesse de l’ANC
  • 1962 Arrestation, puis condamnation à cinq ans de prison
  • 1964 Condamné à perpétuité pour « haute trahison et tentative de renversement par la force du gouvernement »
  • 1990 Libération après plus de vingt-sept ans de captivité
  • 1993 Prix Nobel de la paix (avec le président sud-africain Frederik De Klerk)
  • 1994 Elu président de la République d’Afrique du Sud
  • 1999 Thabo Mbeki lui succède à la présidence de la République. Nelson Mandela quitte la vie politique
  • 2009 Soutient la candidature de Jacob Zuma à la présidence de la République
  • 2010 Dernière apparition publique lors de la clôture de la Coupe du Monde de football
  • 2011-2013 Plusieurs fois hospitalisé
  • 5 décembre 2013 Mort à son domicile de Johannesburg