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Belo Monte, le barrage géant du Brésil qui a vaincu les Indiens

Belo Monte, le barrage géant du Brésil qui a vaincu les Indiens

LE MONDE | 24.04.2014 à 13h47 • Mis à jour le 27.04.2014 à 09h13 |

Par Nicolas Bourcier (Altamira (Brésil) Envoyé spécial)

Le barrage de Belo Monte, sur le Rio Xingu, devrait être achevé en 2015.

Le jour se lève et sculpte des volumes dans la masse des blocs de pierre. Difficile d’imaginer plus grand que ce cratère flanqué de contreforts terreux et bétonnés, ciselés par la main des hommes et le bras des machines. Aussi loin que porte l’œil à l’horizon poussiéreux, ce ne sont que saillies et turbulences.

La vague des travailleurs matinaux débarqués d’une escadrille de bus donne à ce tableau des airs de ballet lunaire. Comment croire qu’il y a seulement cinq ans ce lieu était au cœur de l’Amazonie profonde du nord du Brésil, un monde quasi vierge et impénétrable, dans les méandres ombrageux du rio Xingu ?

Le barrage de Belo Monte, objet de tant de controverses, est bel et bien en cours de construction et devrait produire, dès 2015, ses premiers mégawatts. Quelque 25 000 ouvriers s’y emploient, jour et nuit. Une armée de tâcherons dispersés à l’intérieur de la « grande boucle » du fleuve légendaire, ce coude naturel formé de rapides gorgés de poissons de toutes espèces.

L’ouvrage hydroélectrique, avec son barrage principal de 3,5 km de large, son canal de dérivation de 20 km, ses digues et sa retenue d’eau de 516 km², prévoit d’alimenter dix-huit mégaturbines ces cinq prochaines années. Belo Monte, 11 233 mégawatts, sera au troisième rang mondial derrière les Trois Gorges, en Chine (22 720 MW), et Itaipu (Brésil et Paraguay, 14 000 MW). De quoi éclairer 18 millions d’habitants ou répondre à un cinquième des nouveaux besoins énergétiques du pays. Pour plus de 10 milliards d’euros, c’est le plus grand projet d’infrastructure du gouvernement de Dilma Rousseff.

Les dizaines de recours en justice déposés par les défenseurs des communautés indiennes, les ONG et groupes environnementalistes n’ont rien empêché. A peine ont-ils retardé le processus : « Soixante jours de retard sur le calendrier des opérations », glisse José Biagioni de Menezes. Grand gaillard, flegmatique, le responsable des travaux de Belo Monte affiche un léger sourire sur ses lèvres minces. A 62 ans, José de Menezes, casque vissé sur la tête et moustache à la gauloise, fait partie des meilleurs professionnels brésiliens du béton et des pressions fluviales.

Selon José de Menezes, responsable du chantier, les opération n'ont pris que soixante jours de retard sur le calendrier, malgré les controverses et les recours des ONG.

Sûr de lui mais affichant une certaine modestie et de la simplicité, cet amateur de pêche, ingénieur de l’Etat du Minas Gerais, père de deux filles dentistes, a travaillé sur les barrages d’Itaipu et de Tucurui, mais aussi sur celui de Balbina, au nord de Manaus, considéré par certains comme l’une des plus grandes calamités environnementales du pays, avec ses 2 400 km² de terres inondées pour une production très faible.

« De mauvaises décisions politiques et techniques durant une période trouble [la dictature militaire s’est achevée en 1985] », tranche-t-il. Electeur du Parti des travailleurs (PT, centre gauche, au pouvoir), José de Menezes admet que la formation de l’ex-président Lula était contre Belo Monte durant ses années d’opposition. « Mais une fois au pouvoir [en2003], le parti a compris son utilité. » Avant d’ajouter un argument-clé des défenseurs du projet : « Le développement du Brésil est proportionnel à l’énergie produite. Les deux sont intimement liés. »

Nous y sommes. La frontière est tracée. L’entaille béante de Belo Monte sépare deux mondes. D’un côté, le dynamisme de la septième économie mondiale, ses besoins énergétiques gigantesques, sa volonté de désenclaver ses régions les plus pauvres et d’offrir des emplois à des milliers de Brésiliens. De l’autre, la protection des Indiens menacés d’être chassés de ces terres où ils vivent depuis des temps immémoriaux et la préservation du bassin amazonien, poumon vital pour l’Amérique du Sud et la planète entière.

Il faut rouler, se glisser derrière les lignes, prendre ces pistes de terre et se perdre dans cette forêt reculée. Longer la coulée d’asphalte transamazonienne, cette autoroute de la démesure toute proche et qui devait, selon la formule du président Emilio Garrastazu Medici (1969-1974), ouvrir « des terres sans hommes pour des hommes sans terre », oubliant au passage les peuples indigènes.

Partout, les prémices de bouleversements à venir. La crainte d’une raréfaction des poissons, nourriture et source de commerce des aldeias, ces lieux de vie communautaires indiens en aval du barrage. Les doutes sur les terres qui seront inondées en amont, engloutissant certains quartiers d’Altamira, cité amazonienne bouillonnante de 160 000 habitants, autrefois bourg paisible et désormais engluée dans le trafic urbain, gangrenée par la violence et la flambée des prix.

Ce paysage mutant est hanté par un fantôme. Celui d’une jeune Indienne en colère menaçant un ingénieur à peine plus âgé. La scène remonte au début de l’année 1989. Altamira est alors en ébullition. Aucune des neuf ethnies indiennes de la région ne manque à l’appel. Le grand cacique Raoni, figure de proue des communautés d’Amazonie, avec sa coiffe de plumes et son célèbre plateau labial, est là, lui aussi. Même la pop star anglaise Sting est présente dans cette grande salle municipale pour écouter le jeune ingénieur José Antonio Muniz Lopes et une poignée de représentants d’Eletronorte, l’entreprise publique alors chargée du projet, venus expliquer pour la première fois leurs intentions.

L’époque est au changement. Cette année-là, le Brésil tient sa première élection présidentielle directe depuis l’instauration du régime militaire, en 1964. Et ce projet pharaonique sur le Xingu, hérité de la dictature, réveille les symboles, les mouvements civiques et les préoccupations environnementales. L’image d’un Etat puissant contre des communautés indiennes sans défense crée un émoi international. A Brasilia, toute la gauche s’oppose au projet. Muniz était l’homme choisi par le gouvernement pour défendre l’ouvrage. Celui dont le discours était le plus attendu. Plus tard, il dira qu’il savait que les Indiens essaieraient de l’interrompre, qu’ils chercheraient à l’humilier. Mais aussi qu’il avait reçu l’assurance que sa vie ne serait pas menacée. « J’avais déjà rencontré à l’époque plusieurs chefs indiens », nous confiera-t-il.

Giliarde Juruna est le chef d'un village de la tribu Xikrin, fortement opposée à la construction du barrage.

Seulement voilà : quelques minutes à peine après le début de la réunion, une femme indienne qui dit s’appeler Tuira se lève, s’approche de l’estrade, fait tournoyer la lame de sa machette et la colle sur la joue du responsable. Son corps est nu, sa main ferme. Elle crie en langue kayapo : « Nous n’avons pas besoin de votre barrage. Nous n’avons pas besoin d’électricité, elle ne nous donnera pas notre nourriture. Vous êtes un menteur ! » Muniz a beau garder son calme, le face-à-face est saisissant. Malgré les annonces, l’Etat finira par battre en retraite. L’image de la machette posée sur cette joue, immortalisée par les 150 journalistes présents, fera le tour du monde. Elle nourrira la légende de la « résistance » indienne au programme hydroélectrique.

Vingt-cinq ans ont passé depuis le geste de Tuira. Le temps a fait son œuvre. Les ingénieurs ont révisé leur projet. L’impact de l’ouvrage a été réduit. Des terres indiennes qui devaient être inondées seront préservées grâce au canal de déviation. Les Indiens, eux, se sont divisés. Une très large majorité des aldeias s’est même décidée à soutenir le projet.

Ingre Koriti hausse à peine les épaules. Jeune Indienne Xikrin, l’une des tribus les plus importantes de la région, installée sur la terre indigène Trincheira Bacajá, au sud du fleuve, elle semble résignée. « La pêche va mourir, c’est évident, dit-elle. L’eau va se raréfier, se réchauffer, les poissons vont mourir ou disparaître de la région. » C’est Ingre, du haut de ses 23 ans, qui explique aux siens les projets liés au barrage : « Personne n’est venu le faire », dit-elle. Avec ses cheveux de jais, longs et fins, une faconde à toute épreuve, cette fille du cacique Naoré Kayapo aurait pu prendre la relève de Tuira. « J’ai grandi avec cette image de Tuira, dit-elle. Cela nous a donné de la force. Mais le souffle est aujourd’hui passé. »

Meurtrie par les divisions apparues au sein de son peuple, Ingre n’a pas de mots assez durs contre les autorités et contre le consortium qui a remporté l’appel d’offres après le feu vert du gouvernement Lula en 2010, Norte Energia, qui regroupe des géants de l’énergie, comme Eletrobras et du secteur minier, comme Vale, ou encore des fonds de pension, comme Petros. « Ce sont eux qui ont versé de l’argent aux aldeias pour détourner leur attention du barrage. »

Avant même d’appliquer un programme de compensation sociale et environnementale de 4 milliards de reais exigée par le ministère de l’environnement, Norte Energia a distribué, en 2011 et 2012, pour 30 000 reais (9 700 euros) par mois de biens matériels aux villages de la grande boucle. Un « plan d’urgence » dont la liste devait être remplie par les caciques des villages. De quoi alimenter envies et jalousies. Et transformer Altamira en foire de négoce entre Indiens et industriels.

Les villages indigènes du rio Xingu se sont scindés. Les 19 aldeias ont éclaté en 37 entités, dont 34 ont consenti à collaborer avec le consortium. « Dans mon village, la majorité a refusé cet argent, glisse Ingre. Mais certains ont vu des motos arriver dans les villages voisins, des télévisions et des moteurs de bateau. Cela a créé des tensions. Un jour, on a appris que cette manne s’était tarie, sans explications. Nos terres sont vulnérables et les Indiens toujours plus dépendants. »

Calé sur la chaise de son petit bureau d’Altamira, Fernando Ribeiro admet que cet arrêt financier soudain, en septembre 2012, était une erreur. A 34 ans, ce jeune membre de la direction du secrétariat indigène à Norte Energia évoque des « querelles » entre les peuples indigènes et le consortium, et regrette l’absence d’explications. Lui-même a pris ses fonctions peu après l’arrêt du plan.

Le gouvernement et le consortium veulent terminer l’usine, et les Indiens, améliorer leur quotidien. Mais la Funai, l’organisme public chargé de la protection des indigènes, s’avère sous-dimensionnée pour répondre aux besoins. « Je ne sais pas ce qui est le plus important pour les Indiens, s’il faut une télé ou des graines de manioc. La Funai, elle, le sait, et nous fournit les listes. Mais ils n’ont que vingt-deux fonctionnaires », dit-il.

Devant un mur de cartes de cette vaste région qu’est l’Etat du Para, il énumère la quarantaine de prérequis imposés par les autorités. De l’édification d’écoles et de postes de santé dans des villages à la construction de routes et d’un système d’assainissement des eaux à Altamira, en passant par l’élaboration d’un programme d’observation de la qualité du fleuve Xingu : « C’est, affirme-t-il, la licence environnementale la plus exigeante de l’histoire du Brésil. »

Dehors, sous une terrasse ombragée surplombant le fleuve, Joao dos Reis Pimentel, responsable des projets sociaux et environnementaux du consortium, se plaît à rappeler que le nombre d’Indiens atteints par le paludisme a baissé de 80 % en trois ans. En 2010, insiste-t-il, le réseau des eaux usées ne couvrait que 14 % d’Altamira, une époque où la ville se faisait encore appeler la « Cité des urubus », du nom des oiseaux charognards. Le dirigeant résume sa pensée en une phrase : « Nous sommes là pour faire ce que l’Etat n’a pas fait pendant des décennies. »

Plus bas, le long de la rive, le quartier d’Aparecida, construit de briques et de bois, de maisons sur pilotis ou d’habitats dérisoires posés sur monticules, vit ses derniers jours. Il sera inondé une fois le barrage opérationnel. Les négociations pour reloger ses 7 800 familles sont en cours. José, fabricant de tuiles en terre cuite, dit avoir accepté l’indemnisation financière proposée par le consortium : 20 000 reais. Il s’apprête à s’installer chez sa sœur en attendant de trouver un toit. Comme 57 % des habitants d’Altamira, selon une enquête d’opinion, José affirme soutenir le barrage, surtout pour les emplois créés. En revanche, il rejoint les 44 % des personnes interrogées qui estiment que la situation d’Altamira va empirer une fois les travaux terminés.

De nombreuses voix se sont élevées contre les habitations construites au pas de charge ces derniers mois. Quelque 4 100 maisons estampillées Norte Energia, réparties dans cinq quartiers de la périphérie d’Altamira et prévues pour être livrées à partir de juillet. Des successions de carrés de béton sur une terre rouge vif, trois-pièces-cuisine aux murs fins, sans charme aucun. Selon le décompte des autorités, 12 000 personnes sur les 20 000 affectées par le barrage y seront logées.

« Vous vouliez quoi, que nous passions au nucléaire ? », rétorque Joao dos Reis Pimentel à ceux qui soulèvent ces questions, avant d’ajouter : « Belo Monte est un projet emblématique qui dépasse la question indigène et les questions sociales. Et oui, il symbolise quelque chose que l’on aime détester, surtout à l’étranger. » Il répète que le Brésil a besoin de croître, qu’il est le seul pays à disposer d’une énergie propre sur les sept premières puissances mondiales et qu’il serait insensé de renoncer à une telle ressource. Comme tous les employés du consortium, il dit ne pas pouvoir mesurer avec précision l’impact du barrage. « Mais nous avons tout fait pour réduire sa taille et préserver les terres indigènes. Il n’y a que 250 Indiens touchés directement. »

Des chiffres qui exaspèrent les opposants historiques à Belo Monte. Coordinateur de l’Institut environnemental et social d’Altamira, Marcelo Salazar répète qu’un barrage de cette taille provoque des dégâts bien au-delà de sa géographie proche. « De tels travaux ouvrent des brèches, soutient-il. Il y a la déforestation, l’entrée du trafic illégal. Prenez Belo Sun, le plus grand projet d’exploration d’or du Brésil situé en bordure du Xingu. N’a-t-il pas été signé après le feu vert du barrage ? »

Dans sa petite cathédrale, sise en face du Xingu, non loin d’Aparecida, Dom Erwin Kräutler, évêque du diocèse du Xingu, serre les mains qui se tendent vers lui. « Ce serait évidemment ridicule de mettre une cloche sur les Indiens pour les préserver, lâche-t-il. Le pays a besoin d’énergie et des barrages doivent être construits, mais pas de cette façon. »

Avec sa longue silhouette et sa coupe au bol, cet infatigable défenseur de la cause indigène, installé ici depuis quarante-neuf ans, Dom Erwin, comme on l’appelle, est une figure familière d’Altamira. En 1989, au moment du geste de Tuira, l’homme d’Eglise soutenait encore le PT. « Ce parti est l’une de mes plus grandes déceptions. Lula nous a menti en affirmant que le projet ne serait approuvé que s’il bénéficiait à tout le monde. » Il se souvient de la venue du président en 2010, et de la façon dont il a fait basculer certaines ONG en faveur du barrage. « Nous avons perdu, mais on continue. Les Indiens ont le droit de jouir de ce progrès, à condition qu’ils ne perdent pas leur identité. »

Antonia Mello acquiesce. Militante, responsable de Xingu Vivo, une ONG installée non loin de la cathédrale, elle se bat contre le barrage depuis plus vingt ans. Infatigable, elle énumère les griefs contre Belo Monte comme d’autres égrènent leur chapelet. Non sans amertume. Sœur de lutte, elle a croisé Tuira à plusieurs reprises. Un jour de 2010, elle l’a vu parler des subsides avec les représentants d’Eletrobras. Trois ans plus tard, Tuira exigeait de mettre fin aux négociations avec le consortium. « Comme tant d’autres, elle a hésité. Mais elle s’est reprise. »

Il faut deux bonnes heures pour atteindre en voiture les premières aldeias du Xingu. Une route en partie asphaltée, pour les besoins du chantier. Là, le village Murato des terres indigènes Paquiçamba a des airs de bourg champêtre avec sa quinzaine de maisons en bois, ses paraboles, son école et son terrain de football.

Murato a la réputation d’être coriace. En 2011, une demi-douzaine d’ingénieurs du consortium y avaient été enfermés plusieurs jours. « Ils ont promis tellement de choses et rien n’arrivait, nous avons donc agi », dit Giliarde Juruna, jeune cacique du village. Les ingénieurs ont été relâchés mais un camion et un bulldozer sont restés entre les mains des Indiens, tels des trophées de guerre. « Ils disent que nous sommes violents, dit-il, mais ce sont eux les agresseurs, avec leurs machines ! » Tous ici se souviennent de Tuira et de sa machette. « Mais comment vouliez-vous que les Indiens refusent autant d’argent ? », poursuit-il en évoquant le plan d’urgence. Giliarde dit avoir refusé les avances du consortium : « Nous demandons un agrandissement de notre terre pour compenser le manque d’eau à venir. Mais personne n’a répondu jusqu’à ce jour. »

Il est tard. Les écrans de télévision illuminent les salons de Murato. Des jeunes flânent sur les rives du fleuve. Sans un mot, le chef Giliarde Juruna monte sur le bulldozer confisqué, une machette en bandoulière. Il accélère droit devant avant de disparaître au creux de la colline.

Sur le chantier, les 25 000 ouvriers s'affairent jour et nuit.

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/04/24/coup-de-machette-dans-l-eau_4406750_3222.html


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Sortir de l’économie carbone d’ici 2030 ?

Les révolutions industrielles on consisté à proposer un nouveau régime énergétique associé à un nouveau moyen de communication. 
>>>> 1ère révolution industrielle, 18ème siècle > Utilisation du charbon qui a permis le développement de la vapeur dans l’imprimerie.
>>>> 2ème révolution industrielle, début 20ème siècle > La communication électrique a convergé avec le moteur à essence.—–

Les entrepreneurs des Pays de la Loire déclenchent la troisième révolution industrielle et agricole

Publié le 28/11/2013
Les 3 Chambres économiques des Pays de la Loire ont convié les acteurs économiques de la Région au lancement de la 3ème Révolution Industrielle et Agricole (TRIA). Le terme reste un peu obscure mais d’emblée chacun perçoit l’importance de l’événement avec l’invention d’un nouveau paradigme économique qui dessinerait un futur sans carbone.
Le concept de TRIA est porté et défendu par Jeremy Rifkin, absent de la manifestation mais présent par la puissance de la pensée que l’ensemble des acteurs vont s’approprier (voir la vidéo projetée). Pour Rifkin, l’économie décarbonnée repose sur 5 piliers :
– les Energies renouvelables
– le bâtiment positif
– le stockage
– les réseaux intelligents (smart grid)
– la mobilité verte
La Région Nord-Pas-de-Calais enagée dans une démarche similaire a ajouté 3 piliers transversaux :
– l’efficacité énergétique : à voir sous l’angle d’une opportunité économique et pas comme contrainte
– l’économie de la fonctionnalité : le développement de services paratgés (parties communes dans des immeubles)
– l’économie circulaire : (concept d’Hélène Mac Arthur). Recyclage, réparation, rénovation des bâtiments.
On le voit d’emblée, la construction et en particulier le bâtiment, sont au cœur de cette Révolution économique, l’implication de NOVABUILD dans ces démarches est évidente.

Le master plan de la Région Nord-Pas-de-Calais

Claude Lenglet, expert européen en écoconstruction et directeur du Master plan du Nord-Pas-de-Calais est venu présenter la démarche de la TRIA. Tout s’est déclenché assez rapidement. Philippe Vasseur, président de la CCIR du Nord a invité avec Daniel Percheron, Président de la Région, Jérémy Rifkin à participer au worldwide forum de Lille en novembre 2011. Il y avait 1600 personnes dans la salle. La base de la réflexion, c’est l’urgence de la situation. On peut encore agir et il faut agir. Le chemin que nous prenons est un réchauffement de plus de 2 degrés : les conséquences sont incalculables. Il y a une necesité d’une transition.
Rifkin avait fait 2 Masterplan : à Rome et à Utrecht. Il a été convaincu de ne pas travailler cette fois-ci en top down, mais plutôt en bottom up en tenant compte des avis des acteurs.
8 groupes de travail ont été lancés avec 125 personnes concernées.
Pour Claude Lenglet, quand on parvient à un travail en commun entre CCIR et Région, cela donne des résultats étonnants, l’un ne peut faire sans l’autre. Le socle de départ était solide. Le Master plan est désormais écrit. Les projets concrets commencent à remonter.

Les enjeux pour les professionnels de la construction

Laurent Rossez, président de NOVABUILD est invité à intervenir. Il rappelle les enjeux pour les professionnels de la construction. Concernant les consommations énergétiques 43 % aujourd’hui en France sont liées aux bâtiments qu’il soient logement ou tertiaire, 22 % sont liés à l’industrie, 31 % aux transports , 3 % à l’agriculture et divers.
Concernant le parc immobilier en général qui est de 31 millions d’unités : 21M ont une consommation supérieure à 300 kW équivalent pétrole par mètres carrés par an, on peut parler pour eux de passoire énergétique. 9 millions ont une consommation supérieure à 80 et seulement 1 million ont consommation inférieure à 80 kW équivalent pétrole par mètre carré par an.
Face à ces enjeux, on peut parler d’une vraie dynamique de la filière BTP en Pays de la Loire que l’on peut illustrer par quatre exemples.
– Premier exemple:
A NOVABUILD nous ne parlons pas d’énergies renouvelables distribuées mais plutôt de SOBRIETE DISTRIBUÉE. Il faut travailler sur l’énergie non consommée, mais ce n’est pas toujours simple de choisir le projet le plus efficient. La digitalisation boulverse les pratiques dans notre filière. La mise en place de la maquette numérique, des moyens de calculs accrus, de l’interopérabilité entre les spécialités, les nouveaux modèles de calcul reinterrogés grâce à la métrologie (mesures par capteurs FM) peut permettre à terme de garantir la sobriété des projets livrés. L’idée de base est de porter les projets à forte valeur énergétique et donc de pouvoir garantir la performance.
– Deuxième exemple :
En terme de production d’énergie il y a de véritables sauts technologiques qui sont en train d’apparaître notamment dans l’optimisation du solaire. Un exemple très intéressant : c’est une jeune société DUALSUN créée par deux étudiants qui ont gagné le concours Solar Europe à Barcelone il y a 2 ans, Ils ont mis au point un capteur photo voltaïque hybride en cogénération (création d’électricité et de chaleur). L’échange du capteur avec une plaque inox récupératrice de chaleur optimise le rendement photovoltaïque. D’autres sujets similaires sont en réflexion comme la Tri-Génération (électricité/ chaleur / froid) ou la diminution des poids et changements de couleur des capteurs pour une meilleure intégration sur le bâti existant. Une équipe nantaise relève le défi du Solar et mobilise plus de 100 étudiants pour inventer l’habitat de demain, et c’est réjouissant.

Le stockage énergétique, des pistes insoupçonnées

– Troisième exemple :
Concernant le stockage énergétique, nous parlons plutôt de « mix stockage ». C’est-à-dire qu’il y a le stockage naturel, mais aussi chimique ou opportuniste.
– Concernant le stockage naturel cela interroge bien évidemment le sol. Il faut savoir que pendant un certain nombre d’années le sol a été considéré comme un élément de captage de calories uniquement.
Aujourd’hui le sol est vu comme un réservoir thermique périodique : C’est-à-dire que lorsque l’on dispose de calories excédentaires avec le soleil on injecte dans le sol (roche ou réservoir type puits) les calories pour les retirer lorsque le soleil ne brille plus… Il y a également d’autres possibilités de fondations géothermiques mais là il faut savoir que l’absence de connaissances scientifiques sur la longévité des bétons subissant des cycles chaud et froid alternés empêche la mise en œuvre de ces technologies.
Notre filière a besoin de sciences dures de la Terre, de sciences physiques voire mathématiques.
– Concernant le stockage chimique tout le monde attend le saut technologique sur les batteries c’est déjà le cas dans l’automobile avec des batteries de plus en plus performantes.
– Et c’est là que le stockage chimique rejoint la notion de stockage opportuniste : Rifkin parle essentiellement du stockage de l’hydrogène qui est très coûteux et à faible rendement. Les Allemands ont constaté que l’ensemble du réseau de méthane constitue un formidable gisement opportuniste : Ils ont inventé un appareil qui utilise l’hydrogène issue de l’hydrolyse initiale et recombiné au CO2, un appareil produit du CH4 réinjecté dans le réseau réservoir. Dernier exemple de réservoir opportuniste : les vides possiblement utilisable dans les structures même des bâtiments. C’est une idée dont on a parlé à NOVABUILD. Effectivement pour franchir de grandes portées en économisant de la matière les ingénieurs ont tendance à créer des vides. Le réservoir opportuniste consiste à utiliser ces vides pour stocker de l’énergie renouvelable.

Réseaux intelligents ou travail intelligent?

– Quatrième exemple :
Rifkin parle de réseaux intelligents, nous, nous préférons parler de travail intelligent. Effectivement ce ne sont pas les machines qui sont intelligentes mais c’est bien le travail et la valeur ajoutée que l’on peut obtenir ensemble grâce un travail collaboratif.  Et là, il se passe une petite révolution dans notre métier des bâtiments et des travaux publics.
En effet on constate un véritable changement de paradigme : l’ensemble de la filière manifeste le souhait de travailler ensemble que ce soit les chercheurs les laboratoires les institutionnels les concepteurs ou les entreprises… S’y adjoint même aujourd’hui le monde étudiant. De ce travail collaboratif nait les premiers prototypes qui seront testés d’abord dans des ouvrages expérimentaux pour être ensuite généralisés pour tout un chacun.
Nous pouvons être très optimistes car comme on le voit le bâtiment est devenu un formidable intégrateur des nouvelles technologies et de l’intelligence constructive…
L’ensemble des acteurs en ont pris conscience et se mettent à travailler ensemble notamment avec les clusters comme NOVABUILD. Et pas uniquement la filière car ces questions interrogent tous les métiers, toutes les professions, des connexions se font avec des secteurs avec lesquelles nous n’avions pas de contacts jusque là comme le design, ou la silver economy.
Ce qui est encore plus motivant c’est que il y a aujourd’hui un véritable intérêt manifesté par la jeunesse envers le bâtiment et cette nouvelle approche globale. En conclusion de son propos, Laurent Rossez précise que malgré le fait que tout devient digital, finalement la collaboration intelligente est en train de façonner la ville et l’habitat du futur qui saura demain accueillir et conserver la jeunesse active et innovante au sein des territoires comme ceux des Pays de la Loire !

Inventer des chemins concrets pour les entreprises

Christophe CLERGEAU, Premier Vice-Président de la Région Pays de la Loire constate avec plaisir que la démarche d’aujourd’hui s’insère bien dans une démarche plus globale engagée par la Région. Nous assistons à des mutations qui nécessitent un accompagnement global au changement, y compris au sein des entreprises. Le changement n’est pas que technologique , c’est un changement profond de société. Il nous faut inventer les chemins concrets pour les entreprises, ces problématiques doivent être mises au cœur des stratégies des entreprises.
Il nous faut un programme massif « d’évangélisation » et d’accompagnement au changement dans tous les secteurs et tous les territoires. L’esprit « équipe pays de la loire », c’est jouer collectif, c’est pourquoi nous avons tout lieu d’être confiants. Pour Christophe Clergeau, Il ne faudrait pas se limiter à un scénario vertueux qui resterait sans suites, il convient de vérifier la capacité de mobilisation des outils et des moyens financiers pour que cette mutation soit effective.

Les entrepreneurs ont décidé aujourd’hui d’être moteurs

Bruno Hug de LARAUZE, Président de la CCIR conclue cette riche matinée par un propos mobilisateur. Il précise que les enjeux planétaires sont tellement conséquents qu’on se demande parfois ce qu’on peut faire en proximité. Nous en tant qu’entrepreneurs il faut qu’on se bouge, qu’on mobilise les entreprises avec tous les réseaux des entrepreneurs. La TRIA est l’enjeu de la compétitivité des entreprises. Il y a un « déjà » fort, intellectuel, collaboratif, etc. Cela a été la démonstration de ce matin.
Il faut faire de toutes ces rivières un fleuve de la mutations de l’avenir, un fleuve où on prépare l’avenir, où on a décide de devenir moteurs.
« Alors, maintenant on y va. On va se faire un truc de ouf avec beaucoup de kif » Bruno Hug de Larauze.
 http://www.novabuild.fr/actualites/entrepreneurs-pays-loire-declenchent-troisieme-revolution-industrielle-agricole
La Troisième Révolution Industrielle – Jeremy Rifkin – Arte – Futur by Starck

Pour une économie positive

Groupe de réflexion présidé par Jacques Attali [2013]

Le rapport a été confié à Jacques Attali par le président de la République à l’occasion de la première édition du LH Forum lancé à l’initiative du Groupe PlaNet Finance en septembre 2012 au Havre.

http://www.ecoplus.tv/2013/09/21/pour-une-economie-positive-telechargez-le-rapport-du-groupe-de-reflexion-preside-par-jacques-attali/

 

Chacun a sa part

La légende du colibri

Initialement appelé Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, Colibris tire son nom d’une légende amérindienne, racontée par Pierre Rabhi :

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

http://www.colibris-lemouvement.org/colibris/colibris-et-la-legende

The Empathic Civilisation

L’être humain est Homo-Emphaticus, par Jérémy RIFKIN, pour RSA Animate

The evolution of empathy and the profound ways that it has shaped our development and our society. Jeremy Rifkin

http://dotsub.com/view/1df96c4e-0f80-4fda-96ac-debe59fbb43a

C’était comment la Terre en 1984 ?

La création d’îles artificielles au large de Dubaï, la quasi-disparition de la mer d’Aral ou encore l’explosion de la population de Las Vegas en plein milieu du désert : autant de phénomènes survenus ces trente dernières années rendus visibles par le projet « Timelapse », qui permet de mesurer à quel point la face de la Terre s’est modifiée sous l’effet du changement climatique et des activités humaines.

[…] Travail aussi phénoménal que captivant, cette carte interactive propose d’explorerles mutations de chaque recoin de la planète entre 1984 et 2012. Indiquez un lieu dans le moteur de recherche et, en quelques secondes, s’offrent à vous trente années d’évolution.

Ces transformations ont été captées par huit satellites du programme Landsat, un projet du Centre américain de veille géologique des Etats-Unis (USGS) et de la NASA lancé en 1972. En orbite à 705 km au-dessus de la Terre, ces yeux célestes cartographient l’intégralité de la planète tous les seize jours depuis quarante et un ans. Deux millions d’images sans le moindre nuage – soit 909 teraoctets (10 puissance 12) de données – ont ensuite été agrégées par Googleavant d’être publiées pour la première fois sur le site du géant américain conjointement avec le magazine Time.

Le résultat est saisissant. Qu’il s’agisse de la vaste étendue géographique couverte sur une si longue échelle de temps ou du niveau de détail stupéfiant. Imaginez : une image de télévision haute définition (HD) est composée d’environ 2 millions de pixels. Les clichés de Landsat, eux, pèsent 1 800 milliards de pixels, soit l’équivalent de 900 000 téléviseurs HD assemblés en une seule mosaïque.

Ces images ne sont pas seulement esthétiques. Elles livrent des informations cruciales et objectives sur le changement climatique en cours, l’état desressources naturelles et l’explosion urbaine. Ici, on assiste, stupéfaits, à la transformation du sable en verte prairie en Arabie saoudite sous l’effet de l’irrigation massive ou à l’expansion de tous côtés de Shanghaï, passée de 13,3 millions d’habitants en 1990 à plus de 23 millions en 2010.

Là, on observe, impuissant, la fonte du glacier Columbia en Alaska à un rythme de 30 mètres par an depuis 2001, à la disparition des paisibles forêts de la province canadienne de l’Alberta dévorées par l’exploitation effrénée des sables bitumineux ou, en France, au bétonnage de la Côte d’Azur.

« Nourrir la réflexion »

« Tout comme l’image mythique de la Terre prise par la mission Apollo 17, cette carte est non seulement fascinante à explorer, mais peut nourrir la réflexion de la communauté internationale sur la façon dont nous vivons sur notre planète et les politiques qui nous guideront à l’avenir », espère Rebecca Moore, responsable ingénierie pour le moteur Google Earth et Earth Outreach.

Difficile, de fait, de ne pas s’interroger sur le rôle de l’homme dans l’évolution de la Terre, alors que la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère a franchi, jeudi 9 mai, le cap symbolique de 400 parties par million, plus haut seuil depuis plus de 2,5 millions d’années. A moins que l’on préfère flâner dans les méandres de la planète bleue. Au risque de s’y perdre.

LE MONDE | 11.05.2013

 

Google TimeLapse

http://earthengine.google.org/#intro

 

Le blog de Philippe Bertrand

Une suite plus personnelle aux carnets de Campagne diffusés sur France Inter sans impératif de temps ni d’espace et ouvert aux commentaires et contributions extérieures

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Carnets de Campagne est une émission qui se veut d’abord un écho du monde rural en donnant la parole à ceux qui l’animent et le font vivre. Le titre de l’émission, née à peu près au même moment que la campagne présidentielle française de 2007 fonctionne sur clin d’oreille.